Partager l'article ! Puzzle Macabre - Chapitre 5: 5 - C’est moi chérie, je suis désolé. Une affaire de merd ...
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- C’est moi chérie, je suis désolé. Une affaire de merde qui me tombe dessus. J’espère que je ne t’appelle pas trop tard.
— Ne t’inquiète pas. Ce n’est pas bien grave, je ne suis pas prête non plus. J’étais coincée dans un livre, je t’expliquerai. C’est quoi ton histoire ? Pas de collègue à toi de blessé au moins ?
— Non, ce n’est pas une affaire de ce genre. C’est « juste » mon premier meurtre, ça aurait pu ne jamais arriver ici. Mais il a fallu que ça tombe sur mon week-end de perm'. Et là, je n’ai pas le choix, et surtout personne pour m’aider. Il faut que je débrouille ce sac de nœuds tout seul. Je crois que je n’étais pas prêt…
— Tu vas t’en sortir, reste calme et fais ton travail comme tu l’as appris. J’ai confiance en toi, tu sauras t’en sortir. Je t’attends pour manger, rien ne presse. Dis-toi qu’après cette soirée, ce sont les vacances. Tu les auras d’autant plus méritées. Bisous chéri, à tout à l’heure.
Diane raccroche. Finalement, elle s’en sort bien. Elle n’a plus besoin de culpabiliser pour son évasion par la lecture. Personne ne lui en fera grief, et d’ailleurs David n’est pas du genre à lui reprocher quoi que ce soit. Au pire l’aurait-il emmenée au restaurant. Là, comme elle dispose d’un temps indéterminé, Diane décide donc de concocter un petit plat. Son enquêteur de mari aura sans doute un grand besoin de réconfort à son retour. Et celui-ci passe par le bien-être de l’estomac, surtout chez un homme, pense-t-elle. Il y a deux organes qui doivent fonctionner normalement pour assurer au vrai mâle, le repos du guerrier tant espéré. Le premier est le siège de la digestion. Le second, presque plus important que le cœur aux yeux des hommes, nulle femme ne peut l’ignorer... Diane va donc s’occuper de satisfaire ses papilles. Pour le reste, la soirée n’est pas finie. Elle a définitivement accepté l’augure de ce séjour en amoureux au Futuroscope. À 122 kilomètres de son quotidien, quelle évasion ! Pourtant, elle a résolu de faire son deuil de ses rêves d’évasion en amoureux. Elle accepte d’y voir là d’un petit sacrifice pour elle, mais un grand progrès pour l’homme de sa vie. Comme le disait John Gray, les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus, et Diane avait lu tous ses livres avec grand intérêt, non pas qu’il soit grand auteur à ses yeux, mais plutôt afin d’en retirer plusieurs principes et d’en assimiler d’autres. Ainsi, pour franchir la distance entre les deux planètes et parvenir à s’entendre au sein d’un couple, fallait-il composer sans arrêt, parfois se compromettre ou s’amender : seul importait le résultat. À défaut de pouvoir accoler les deux mondes, construire patiemment une passerelle entre eux permettait de se comprendre un peu mieux et de ne pas laisser gâcher l’amour, par l’usure d’un quotidien et de ces petits tracas qui l’accompagnent. Le couple n’est-il pas la dernière grande aventure humaine ? Et Diane avait régulièrement l’impression de se perdre au cœur de la forêt amazonienne, quand elle tentait de se faire comprendre par le David de sa vie. La recherche du bonheur dans le couple est comme la quête du Graal, en pire : tout le monde pense que ça existe, pourtant on passe sa vie à le chercher sans jamais vraiment savoir si même on s’en approche. Et quand par hasard on le trouve, personne n’est sûr de le reconnaître. Et rien n’est alors plus facile que de le laisser filer. C’est la vie, et l’ampleur du défi à accomplir. Diane l’a parfaitement intégré, même s’il n’est pas toujours aisé de le mettre en pratique au quotidien.
Ces pensées occupent son esprit, pendant qu’elle s’affaire à préparer des tagliatelles Al pesto pour son italien de mari, avec le basilic du jardin. Elle met au frais une bouteille de chianti, en accord avec son plat, mais faisant un peu injure à ses origines bordelaises. Bacchus ne lui en tiendra pas rigueur pour cette fois.
À 22 h 35, David pousse enfin la porte de sa maison. La fatigue, mais aussi le soulagement se lisent sur son visage. Diane l’attend sur le canapé. Elle porte comme unique vêtement une nuisette noire, qui ne cache pratiquement rien. Même éreinté et la faim au ventre, David n'en a guère besoin de plus pour recouvrer immédiatement ses forces. En un instant, l’enquêteur repousse loin de lui, les préoccupations de cette journée harassante, le comportement dérangeant de cet incroyable assassin, et toute cette pression ayant pesé sur ses épaules. D’un baiser enflammé sur les lèvres humides de sa femme, il oublie tout et il n’en faut pas plus pour qu’il se laisse chavirer sans résistance. L’odeur entêtante du basilic continue patiemment à flotter dans le salon, attendant que quelqu’un se préoccupe d’elle. Et la lumière vacillante des bougies savamment disposées par la maîtresse de maison accompagne le ballet d’ombres chinoises qui enveloppent bientôt les deux amants sur le canapé. Le repas attendra. Ce soir, la fatigue aidant sûrement, leur étreinte est tendre et langoureuse. David n’attendra finalement pas d’être repu pour profiter du « dessert » qu’avait prévu pour lui son hôtesse. Il se sert et le prend farouchement, intensément, quand les corps unis glissent sur le tapis du séjour. Imaginait-elle vraiment, l’attendant dans cette position à moitié nue, que son amant réussirait à patienter jusqu’à la fin du repas ?
Et là, alors qu’il regarde amoureusement sa déesse droit dans les yeux, ces derniers lui renvoient les lueurs des flammes qui jouent sur les murs. Sa femme lui fait face, et en un instant tout bascule.
David saisit fermement Diane par les hanches et la force à se retourner. Il prend cette fois possession de son corps en restant derrière elle. Puis déchirant sa nuisette d’un geste vif, il la relève et plaque son buste contre lui dans un râle, juste avant de prendre ses seins à pleines mains. L’étreinte est animale, sauvage, presque brutale et a pour effet de provoquer très vite la montée du plaisir chez les amants. David sentant se rapprocher l’assaut final se voit mettre les mains autour du cou de sa dulcinée. Et doucement serre son emprise jusqu’à sentir Diane parcourue par un sursaut. Le début d’étranglement a provoqué l’éjaculation de David et avec elle l’orgasme de sa femme, surprise de la violence de sa jouissance, mais surtout de cet assaut très particulier. Comme secoué par un électrochoc, aussitôt après, David reprend pied… heureusement, mais trop tard. Il ignore ce qui l’a poussé à agir ainsi, ou plutôt ne le sait que trop bien… Il ne dit rien.
Une fois le calme revenu, Diane, afin de briser ce silence malsain qui a suivi l’étreinte, propose à son homme de reprendre des forces avec le repas qu’elle lui a cuisiné. Elle repense à cette attitude quelque peu déplacée, en tout cas surprenante. Comment l’aborder sans froisser David ? Doit-elle simplement en parler ? Il n’a jamais essayé ce genre de choses auparavant. Ces pratiques ne font pas vraiment partie de leurs habitudes. Non pas que Diane y soit farouchement opposée : elle n’a rien contre un peu de piment, voire un contact plus « physique » de temps en temps. Mais David reste d’ordinaire plutôt classique, manquant même parfois de fantaisie à l’occasion. Ce rapport assez brutal a donc de quoi lui fournir matière à réflexion. Ce qui pique sa curiosité, c’est que son mari rentre tard et lui fasse l’amour en utilisant des gestes qu’il n’a jamais osés. Enfin, Diane repousse ses démons, se promettant si besoin est de revenir plus tard sur ses inquiétudes. Elle ne tient pas à se laisser envahir par des pensées sordides. Pourtant, elle prêterait volontiers à son mari une aventure, capable d’expliquer cette différence de comportement.
Elle débouche la bouteille de Chianti en chassant ses idées noires et sert un verre de vin à David.
— Alors, ta journée ? Glisse-t-elle en lui présentant le plateau d’antipasti qui prépare son repas.
— Je ne sais pas si j’ai envie d’en parler ce soir, je préfèrerais qu’on discute de cela plus tard, demain…
David n’a effectivement pas vraiment envie d’aborder le sujet pour le moment, d’autant qu’il a l’impression d’avoir introduit dans sa tanière un peu de ce criminel qui s’est trouvé sur sa route aujourd’hui. Il prend une bouchée appétissante de cette entrée italienne, et après un compliment sincère sur les talents culinaires de sa cuisinière d'épouse, qui ne sont plus à démontrer, il interroge Diane sur ce livre qui trône maintenant sur le buffet du salon. Il noie le poisson. Ravi qu’il s’y intéresse, elle saute sur l’occasion de partager ses impressions et lui résume brièvement l’histoire. Au-delà des mots de l’écrivaine, c’est davantage la capacité de celle-ci à créer un univers très particulier axé sur le personnage fétiche de son commissaire, qui attire la jeune femme. Elle pense d’ailleurs avoir lu tous ses romans : lu ? Non, dévoré. Tout en poursuivant sa réflexion à voix haute, Diane s’active à réchauffer son plat principal, remuant ici, égouttant ses pâtes là, pendant que David discrètement reste fixé sur ses mains, comme si elles ne lui appartenaient plus. Pas assez discrètement, puisqu’avec une phrase incongrue savamment dissimulée au cœur de ses propos, sa femme se rend compte immédiatement qu’il ne l’écoute absolument pas. Elle tourne la tête par-dessus son épaule, juste assez pour voir où se perd le regard de David, sur ses mains objet de son trouble. Ses propres impressions ressenties plus tôt n’étaient donc pas le fruit du hasard : son amant n’avait pas fait ce geste sans raison. Mais en connaissait-il lui-même l’explication ? À voir son comportement, probablement pas.
Ils se couchent tard ce soir-là. David est déjà rentré à une heure bien avancée. Après le repas, ils avaient eu en outre besoin de passer un moment l’un contre l’autre avant de se mettre au lit, plus calme cette fois. Sommeillant déjà à moitié devant une télévision inintéressante, David, harassé par cette permanence à rallonge, s’endort à peine posé dans leur lit. Diane ne trouve pas le repos ce soir. Sans doute par la faute de son rythme de travail, sans doute…