Mardi 19 juillet 2011 2 19 /07 /Juil /2011 18:42

« U

 

     

ne belle journée pour mourir ! »

 

 

 

C’est une jolie petite banlieue de province que Maxime découvre en pénétrant dans Périgny, un peu semblable aux suburbs américaines. Le temps est ensoleillé et en roulant, il se souvient encore avec délectation de ce dernier repas, venant juste de quitter la table d’un grand restaurant. Il aurait bien fait une petite promenade digestive, mais il n’a pas le temps.

Maxime prend une grande inspiration en arrivant aux abords de chez Marlène. Il n’a pas revu la jeune femme depuis plus de quinze ans. Pourtant curieusement, il lui semble que leur dernière rencontre n’est pas si lointaine. Sans doute l’effet magique de cet Internet, qui lui a permis de la retrouver et de refaire un peu connaissance avec la jeune femme, après toutes ces années.

La dernière fois qu’il l’a quittée c’était… au siècle dernier. C’est sans doute pour cette raison que ce souvenir lui paraît si ancien. Il sourit en regardant l’horizon, croyant mesurer l’infini dans le bleu du ciel. Finalement, on ne réalise jamais vraiment le moment venu, que c’est la dernière fois qu’on voit une personne. A part quand paradoxalement, on a la chance de pouvoir la retrouver un beau jour ; à part quand le destin décide de s’en mêler. En fait, ce n’est la dernière fois que quand cette personne a disparu définitivement, bref qu’elle est morte.

Il y a longtemps donc, il l’avait quittée jeune et belle, et les moments qu’ils avaient passés ensemble étaient recouverts d’un voile, que ses yeux d’adulescent d’alors avaient pudiquement déposé là, afin de préserver ces images du temps qui passe. Maxime connaissait l’apparence de la Marlène d’aujourd’hui : il n’y aurait guère de surprise. Elle n’avait pas beaucoup changé, s’était juste affirmée. Auparavant jeune fille espiègle et romantique – bien que déjà très mature -, il la retrouvait maintenant femme, pleinement épanouie. Bien sûr, elle ne devait plus vraiment croire au prince charmant. La vie a tôt fait d’évaporer les chimères de l’enfance ou de vous faire perdre vos illusions.

Ils avaient probablement pris cette expérience comme un voyage dans le temps, peut-être une occasion de reprendre leur histoire où ils l’avaient interrompue, peut-être pas. En arrivant dans la rue, Maxime lui ne se pose aucune question, décidé qu’il est à vivre chaque moment de sa vie aussi intensément qu’il est possible de le faire : comme s’il s’agissait toujours du dernier. Il ignore ce que Marlène peut ressentir à cet instant, il s’en moque à vrai dire. Seul son ego le pousse secrètement à espérer, que Marlène éprouve encore les restes d’un sentiment pour lui. Fierté de mâle qui lui dicte de ne jamais refermer une porte ouverte vers l’opportunité de renouer avec une ancienne conquête. Un homme refuse toujours d’admettre qu’il ne retrouvera plus ce à quoi jadis il avait droit.

Anticipant son arrivée, la jeune femme s’est postée à l’entrée de sa maison et affiche une certaine nervosité. Elle l’attend, mais doit surtout redouter l’indiscrétion des voisins dans ce genre de quartier pavillonnaire. C’est l’avantage et l’inconvénient tout à la fois des villes nouvelles construites en open field, où tous les espaces sont mis à profit pour amplifier l’impression de liberté, l’impression seulement.

Costume Armani léger sur pull à col en V, Maxime affiche une décontraction toute calculée. Le brun ténébreux, élégant, n’accélère surtout pas le pas : il s’amuse intérieurement de la voir trépigner. « J’arrive… ! ». Il compte aussi sur son effet.

Marlène fait l’effort de réfréner ses élans, au moins en apparence jusqu’à ce que la porte se referme. C’est bien entendu peine perdue : c’est tout le contraire qui saute aux yeux : sa fébrilité, son impatience. Lorsqu’on ne salue qu’à peine, ni n’embrasse quelqu’un qu’on laisse entrer chez soi, presque sans un mot, c’est qu’un assaut prévisible suivra, porte fermée.

Sitôt à l’intérieur, elle lui saute au cou, toute à la joie des retrouvailles. Instinctivement, elle capte immédiatement sa bouche, et ses lèvres se collent aux siennes, comme attirées par le pôle magnétique d’un aimant. Marlène est fébrile malgré tout : elle semble avoir envie de tout, mais ne pas savoir comment faire pour l’obtenir ou simplement ne pas oser. Elle a cent fois rêvé de ce moment, l’a idéalisé à force d’y penser. Et finalement se trouve démunie quand enfin il se produit. Immanquablement, elle est projetée quinze ans en arrière, tremblante ado submergée par l’émotion. Elle ne ressent aucune culpabilité à fuir un quotidien aseptisé et atone, fort éloigné de ses fantasmes romantiques d’adolescente fleur bleue. Pour une fois qu’elle pense à elle, ça ne met pas toute son existence en péril… et puis c’est si bon. Si bon de retrouver l’insouciance confortable de ses seize ans, sans pour autant vouloir remettre en cause un présent, même décevant. Marlène revit la chance d’échanger à nouveau un premier baiser, dernier « premier baiser » sans doute, avant de reprendre le cours de sa vie, sa routine. Elle ne l’espérait plus.

Maxime, malgré lui, sent qu’elle ravive, avec les souvenirs lointains de cette fin d’adolescence insouciante, une certaine nostalgie. Il lui semble retrouver le goût de ses baisers, comme si le dernier ne datait plus que d’hier. Acceptant enfin à contrecœur de rompre leur contact labial, elle le précède vers le salon, le conduisant jusqu’au canapé. Fiévreuse, elle peut ressentir sa présence juste derrière elle, peut-être son regard sur son corps. Elle veut se retourner, n’en a pas le temps.

L’homme se jette sur elle et son étreinte l’emprisonne aussitôt.

Les mains de Maxime se mettent à courir sur son corps, caressant ou frôlant très efficacement chaque centimètre de sa peau, jusqu’à y faire naître des frissons parfois oubliés. Elle ferme les yeux, acceptant implicitement de s’abandonner à son propre désir, et surtout à la virilité de Maxime. Elle l’a quitté maladroit et inexpérimenté ; il prend maintenant les choses en main avec une mâle assurance, une fermeté empreinte d’une savante gestion. Tous ses mouvements semblent calculés pour lui faire perdre la tête : et sacrément bien calculés, pense Marlène.

Elle perd pied avec bonheur dans ses bras forts, sans plus penser à quoi que ce soit, aux antipodes de son propre univers. Oubliée la belle maîtrise qui l’accompagne dans son quotidien d’assistante de direction ; envolée la maîtrise, presque la domination dont elle sait faire preuve habituellement dans sa vie même. Elle s’abandonne en une fraction de seconde, comme si le monde pouvait s’arrêter de tourner à ce moment-là, comme si elle acceptait que sa vie ne cesse dans l’instant…

 

Et elle cessa.

Par Olivier DAMIEN - Publié dans : Puzzle Macabre
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Commentaires

J'aime beaucoup, des sentiments bien explorés, bien retranscrits.

Un truc me chiffonne : "contact labial" > un peu trop "médical" pour moi ;-)

Je file découvrir la suite !
Commentaire n°1 posté par SingaporeSling le 19/07/2011 à 20h47

merci ma chérrriiiee,

tes compliments mes vont toujours droit au coeur, ou devrais-je dire à l'organe circulatoire,

ok, faut que j'arrête de regarder Grey's Anatomy...

Bisous

Réponse de Olivier DAMIEN le 19/07/2011 à 23h48

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  • Ecrivain français méconnu malgré un talent incroyable, né en 1970 et pas encore mort.

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